Ecrire pour guérir

Ecrire pour guérir

Je me suis inscrite depuis septembre dernier à un atelier d’écriture animé par Sido Gall de l’Association Devenir. Expérience très enrichissante qui m’apprend à être plus à l’écoute de moi-même en utilisant des mots pour exprimer mes pensées.

« Ecrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. »
Extrait de Ecrire de Marguerite Duras

Atelier du 22 novembre 2013

« C’était une de ces journées où l’automne, pas encore bien installé, nous faisait hésiter à sortir nos petites laines. Nous traversâmes les couloirs interminables en nous préparant à ce que d’ici quelques temps notre vie allait être bouleversée. Il est 6H30 lorsqu’elle a pointé le petit bout de son nez. Si longtemps désirée, elle est enfin arrivée notre petite étoile. Louisa, tel est le prénom que nous lui avons choisi, « celle qui est précieuse ».
Louisa est d’une grande beauté; ses cheveux noir ébène, ses longs cils, sa petite bouche en coeur le tout sur un joli teint de pêche. Elle attire les regards et devient l’objet de toutes les attentions. Les mois passent et on s’interroge… elle aurait des « retards » de motricité;
les doutes et l’incertitude s’installent, notre ciel s’assombrit. Puis un jour, le déluge, il a plu tellement fort ce soir là que je n’appercevais pas le train qui entrait en gare. Je n’entendais plus la sonnerie des barrières qui s’abaissaient, ne ressentais plus les gens qui me bousculaient au passage pour ne pas manquer le départ. De l’eau partout qui se mêlait aux coulées chaudes de mes larmes sur mon visage. Le mot m’a tué, le handicap m’a tué. Je passais soudainemement de l’autre côté, dans l’obscur, dans le monde de la souffrance et de la tristesse. Un monde où même la lune n’avait plus la force de briller. Quelque chose s’est brisé cette nuit là, mais j’ai compris que ma petite étoile était toujours là, dans ce ciel noir et sombre et brillait encore plus fort. J’ai tellement voulu un enfant « normal » de peur de ne pas pouvoir gérer. La normalité rassure car on sait faire, être un « homme », avoir un rôle, être puissant… c’est la vie.
Le handicap c’est un autre monde dans lequel les étoiles sont beaucoup plus hautes que la norme. 
Aujourd’hui c’est devenu mon monde, celui où les rires explosent d’authenticité, rien n’est calculé, maitrisé, on rit, on pleure. Pas de code. C’est brut et très fort. C’est devenu ma force, mon leit-motiv, l’énergie nouvelle qui sommeillait en moi. Une renaissance, qu’est ce que ça fait du bien de se sentir fort et d’accèder ces instants magiques. Liberté !
Mon ciel s’est remis à briller lorsque j’ai accepté le contraste des couleurs. Le gris n’existe pas. Ma couleur, c’est ma petite fille de la lune. »